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Lettre d'information :

 

Du projet Kabgayi au projet Cieza

A KABGAYI, nous visitons l'hôpital que nous devons réhabiliter en orphelinat. C’est un très bel endroit, très grand. Il a été pillé : les lits ont été renversés, on a emporté tous les matelas. De coûteux instruments de chirurgie sont dispersés dans l’herbe de la cour centrale. Dans le laboratoire d’analyse les flacons gisent par terre, brisés : il faudra apporter beaucoup de soins au nettoyage. La salle de radio est pratiquement intacte,ainsi que les salles d’opérations de l’aile chirurgie. Nous décidons de ne demander que la partie inférieure de l’hôpital c’est à dire la partie des séjours longue durée.

Nous allons rendre visite au centre de soins de Médecins sans Frontières. Il n’est pas envisagé pour l’instant de réhabiliter l'hôpital, pas avant un an au moins. Ils sont six médecins européens assistés de personnel local. Aujourd’hui ils font environ 400 consultations par jour, ils peuvent prendre le temps de déjeuner à midi. Il y a encore peu de temps ils n’avaient pas le temps quand ils avaient 6 à 700 consultations par jour. Pour la majorité de leur patients le diagnostic est facile d’ailleurs les malades le savent en venant les voir : le paludisme.

Mais hasard des consultations ils rencontrent quelques cas moins banals : celui-ci à mal à la tête, ce n’est pas étonnant, il a une balle qui est restée derrière l’oeil ; celui-ci vient avec un plâtre qui lui a été posé au mois de mars. Avec la guerre, il s’est sauvé et a gardé son plâtre jusqu’à aujourd’hui. 


De retour à Kigali, nous allons rendre visite au père Blanchard, un des derniers pères blancs, missionnaires d’Afrique. Il a tenté de protéger des enfants dans une église de Kigali. Peine perdue tous se sont faits massacrer. Ne sachant plus que faire, il est rentré en France "pousser un cri". Nous avons déjeuné d’une soupe claire, d’un copieux plat de riz arrosé de sauce au poulet. Les pères sont contents : " C’est la première fois que nous avons du poulet depuis la guerre" Un poulet pour 15....Nous avons passé une partie de l’après midi à discuter : Il essayait lui aussi d’organiser des "minis orphelinats" en regroupant des enfants autour d’une maman. Il essayait de regrouper les mamans entre elles, pour qu’elles puissent trouver une activité leur permettant de gagner quelqu’argent. Elles avaient mis sur pied un petit restaurant pour nourrir les malades des hôpitaux. Car si les malades sont pris en charge par l’hôpital au niveau des soins, ils doivent se nourrir eux mêmes.  


Nous lui avons parlé de notre projet. Il n’était pas convaincu qu’un hôpital soit le meilleur endroit pour faire un orphelinat, mais nous conseillait de prendre contact avec l’abbé André Sibomana, administrateur du diocèse, et remplaçant l'évêque de Kabgayi assassiné. Il proposait même de nous prendre rendez vous pour le Lundi suivant. Nous avons rencontré l’abbé le lundi : l'hôpital ce n’était pas un bon plan. Il a nous dit :

"Roulez avec conviction jusqu’à ce que je vous dise d’arrêter".

Au détour d'une piste nous découvrons un nid d'aigle surplombant une vallée de bananiers : CIEZA.

Un centre de formation, qui ne sera pas remis en état, c’est ce que nous a proposé l’abbé. Et c’est ainsi que CIEZA est devenu notre projet.Quand on fait appel à la générosité publique on se doit de présenter des projets précis et chiffrés. Mais sur place la réalité est complexe. Quel projet ? Est-il plus important de sortir les enfants des camps de réfugiés ? Dans ce cas pourquoi ne pas louer une ou deux grandes maisons à Kigali et concentrer ses efforts sur les enfants : tenter un passage "en force" à la frontière avec des taxis. Si le projet est l’orphelinat, devant le nombre impressionnant d’enfants isolés recensés au Rwanda, il faut privilégier le nombre. Le hasard et la nécessité ne nous conduisent pas toujours sur les voies qu’on imaginait au départ. Et même, quand on a trouvé les locaux, quel projet choisir : bien soigner peu d’enfants, ou en soigner plus mais moins bien. Et quand on pense avoir trouvé le meilleur compromis entre ses objectifs, son budget et ses convictions, le cours de la monnaie baisse de moitié nous renvoyant à nos décomptes. Quand j’étais perdu dans mes chiffres, j’allais faire un tour au marché.


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Textes et photos JPW©