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Lettre d'information :

 

histoire de Tchekroba

6- Mariana, le maire et le conseiller général

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Comme toujours, à Betadougou il y a quelque chose de nouveau.

La nouvelle de l'hernie de Tchekroba avait parcouru la ville, et les mauvaises bouches commencèrent à questionner sa virilité, en sorte, sa capacité à satisfaire ses deux femmes. Mais qu'est-ce qu'une hernie a à voir avec la virilité d'un homme?

Une hernie, n'est-ce pas la protrusion des viscères dans le trou inguinal, due à une non fermeture pendant l'embryogénèse? Disons que la douleur d'une hernie étranglée peut enlever au plus viril des hommes tout désir de s'engager dans la satisfaction de l'appétit sexuel.

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Depuis que Tchekroba était arrivé à Bekounbedjait, les habitants ne cessaient de parler de sa deuxième épouse. La seconde épouse du vieux Tchekroba était belle. Dire qu'elle était fulani devrait suffire à  la représenter comme une beauté sortie des contes des Mille et Une nuits. En plus de sa belle taille, de son sourire qui envoûtait tous ceux qui venaient voir Tchekroba, Mariama affichait une timidité qui éveillait chez tous les hommes de la petite ville les plus virils instincts : Quand elle passait, les hommes se mordaient les dents et adoptaient pour la plus part la position en jambes croisées.  Il y a chez l'homme des choses qu'on n'arrive pas à maîtriser, entre autres le 5ème membre. Il n'est pas doté d'yeux, mais se manifeste à chaque fois que quelque chose d'appétissant est en vue.

Mariama se savait belle. Elle avait épousé le vieux Tchekroba sur ordre de ses parents. Elle s'était mariée bien jeune et ne s'était pas vue demander l'avis.  Lorsqu'elle arriva dans la ville, elle comprit que sa beauté n'était pas du commun des femmes car plusieurs hommes le lui rappelaient.  La nouvelle de cette belle dame mariée à un vieillard fit le tour de la ville pour atterrir aux oreilles du maire et des représentants de la commune.

im15.gif (1021 octets) Un soir, le maire vint rendre visite à Tchekroba. Il n'y avait aucune raison pour cette visite, aussi Tchekroba se vit très flatté de recevoir la visite de l'homme le plus puissant de la commune. Le maire expliqua le motif de sa visite, il était venu rencontrer le nouveau membre de sa commune.

"- Vieux, tu m'excuses de n'être pas venu plus tôt, tu sais le travail de maire, c'est fatigant.

- Oh monsieur, merci patron. Allah est bon, moi pauvre là, comment grand type comme toi est venu me voir, eh Allah, merci.  Tu es vraiment bon mon fils, Dieu n'a qu'à te bénir.

-Oh c'est mon travail de rencontrer les membres de ma commune... Bon j'étais de passage,  madame est à la cuisine?

Le maire se dirigea vers la cuisine comme pour  saluer les dames de la maison. Il vit Mariama, s'arrêta,  perdit la voix, mais se ressaisit et se lanca dans une galanterie que seuls les "boucs" pouvaient égaler. Pour cette femme-là, il avait un projet spécial. Il rentra à la maison en pensant à la belle fulani. Le lendemain  Tchekroba reçut la visite du secrétaire général de la commune.Le maire envoya son agent convoquer Mariama à son bureau.

"Eh Georges, tu vas chez le vieux Tchekroba, si tu vois qu'il n'est pas là, tu demandes à voir sa femme, la belle , pas la vieille, mais la plus jeune, tu lui dis que le maire veut la voir, okay? Tu l'amènes ici! Je vous attends."

Georges se rendit chez Tchekroba et trouva Mariama seule dans la cuisine. Il réussit à la faire venir dans le bureau du maire.

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Entisser cette belle paysanne par de beaux mensonges ne fut pas difficile à un politicien comme le maire. Il obtint la promesse d'une visite le lendemain. Entre-temps le secrétaire général avait, par l'intermédiaire d'un de ses employés, reçu la promesse d'une visite de Mariama. Les deux "chasseurs" ne savaient rien de leurs projets. Bien vite, on commença à rencontrer la voiture du maire parquée dans le quartier. Il allait visiter Mariama lorsque Tchekroba allait acheter sa marchandise dans les villages avoisinants. Puisque Mariama dormait dans sa chambre il était facile à ses amants de se glisser dans la chambre sans être vus. Mariama avait réussi à  programmer les visites de telle sorte que Le Secrétaire Général ne rencontrait jamais le Maire.  Mais un jour le secrétaire apprit que le Maire était abonné à la même marchandise. Il décida de l'en déloger. Un jour le maire reçut la visite du secrétaire.

"Monsieur le maire, je sais que vous couchez avec la femme du vieux Tchekroba, si vous ne cessez pas je vais lui dire"

Le Maire était embarrassé et dévoilé. Il se mit à financer pour fermer la bouche du secrétaire. Il ne savait pas que celui-là était aussi adepte de la "mangeocratie nandjissante". Un jour que tous les notables de la ville étaient assemblés dans la grande salle de la commune, le Secrétaire Général décida de révéler le secret du maire, car il avait aussi les yeux sur le poste de la mairie.

Le maire fut le premier à prendre la parole et sachant ce que le secrétaire était prêt à lui faire, il alla ainsi:

"Je vous salue tous, avant de commencer la réunion je désire que vous sachiez que nous autres dans cette ville là, c'est quoi on n'a pas fait? Hein? qu'est-ce que nous autres on n'a pas fait?  On a tout fait dans cette ville, même cadavre on a couché avec, si on a fait l'amour à des cadavres c'est pas une femme vivante qu'on n'a pas baisé! Cadavre même j'ai baisé, c'est pas vivant que je ne vais pas baiser..."

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Ceci  cloua la bouche du secrétaire qui ne trouva pas la force de révéler le secret du maire. Quelqu'un qui couche avec des cadavres? C'était trop pour qu'on s'attarde sur ses infidélités.

Le vieux Tchekroba avait commencé à soupconner que depuis un certain temps sa seconde épouse portait des pagnes qu'il n'avait pas
achetés. Elle devenait aussi impolie et insolente. Il  réussit à apprendre que le maire et le Secrétaire venaient constamment visiter sa
seconde épouse. Il réussit  bien facilement à faire avouer à sa femme son infidélité. Les femmes ont ceci de merveilleux c'est qu'elles ne
savent pas mentir. L'homme apprend vite l'art du mensonge lorsqu'il décide d'explorer les entre-cuisses du sexe opposé. La femme peut
devenir experte lorsqu'elle s'y est mise très tôt. Mais dans les villages le vagabondage sexuel n'est pas à la mode.

Tres écoeuré d'avoir été cocufié par ces notables de la ville, le vieux  décida de se faire justice. Il acheta un nouveau couteau,
l'aiguisa et déménagea dans la chambre de sa femme. Comme convenu avec Mariama, arriva le maire très tard dans la nuit. 
Comme d'habitude il regarda les lieux, se rendit compte que tout le monde dormait, et se hâta de se faufiler dans la chambre de son amante.  La chambre de Mariama était une chambre à coucher et ne comportait pas de meubles. C'était ce qu'on appelait "entrer coucher". Le maire entra donc et se glissa sous le pagne de Mariama. Comme d'habitude le maire ne se perdait pas dans les discours lorsqu'il entrait dans le lit de Mariama. Il se dépêchait de diriger les mains vers les intimités de la dame. Ce jour-là lorsque le Maire voulut toucher les dessous de Mariama, on arrêta sa main et une voix douce lui dit :

"attends un peu".
"Oh Mariama, la journée était bien chargée, je voulais te voir.... hmm
... est ce que ton mari est toujours parti...?"
"hmmm" répondit l'occupant du lit.

Le vieux Tchekroba dirigea sa main vers l'oreille du maire. C'était nouveau! Le maire  arrêta la main du vieux. Le maire ne s'était pas
rendu compte que  c'était le mari. La petite chambre  n'était pas éclairée, aussi comme d'habitude le maire labourait dans le noir.
Le vieux Tchekroba dirigea les mains vers les oreilles du maire, qui croyant que Mariama voulait prendre cette nuit  la direction du
"massacre" la laissa faire.  D'un coup  Tchekroba trancha l'oreille du maire. Le maire comprit bien vite qu'il y avait drap!. Et s'il y avait drap c'était donc que celui qui était dans le lit était le vieux Tchekroba. D'un élan que seul Holyfield en a le secret, le maire bondit du lit, et se mit à courir. Lorsqu'il arriva à une bonne distance du lieu de son forfait, il commenca gémir. Mais c'était un luxe dont il ne put abuser car voici que des amis le reconnurent et vinrent  lui présenter leur respect.
"Ah monsieur le maire, ça fait bien de vous voir dans notre quartier..
Mais Monsieur le maire, ce projet d'électrification-là, où en sommes-nous? Vous voyez que nous on est dans le noir ici, hein.." Celui-là
énervait le maire qui arrivait tant bien que mal à contenir sa douleur.  Mais comme tout homme, le maire voulait garder sa peine pour lui. Il voulait parler mais sa voix se cassait car la douleur lui montait. Pendant qu'il était avec ses amis on entendit venir de chez Tchekroba,
"woahhhh" C'était un cri de détresse. Le maire qui ne pouvait plus contenir sa douleur s'écria :

"Je vous dis que ce cri-là, c'est une oreille qui vient d'être coupée...
je vous dis qu'une oreille vient d'être coupée, oh mon dieu... mon oreille... son oreille  vient d'être coupée... ce cri-là c'est un cri
d'une oreille coupée...Je parie, oh ça fait mal, son oreille.. oreille..."

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Les amis ne comprenaient pas pourquoi le maire insistait tant sur cette histoire d'oreille. "C'est quelle histoire d'oreille, la nuit-là?"
En fait le cri venait du secrétaire général qui lui aussi venait de goûter au tranchant du couteau de Tchekroba. N'étant pas aussi courageux que le maire il exprima très haut sa douleur. 
Cette nuit-là le médecin reçut la visite du maire et du secrétaire à qui il administra le même traitement.  La ville de Bekounbedjait venait donc de baptiser ses deux notables. Chacun reçut le surnom de "N'a qu'une oreille". La nouvelle se répandit dans toute la ville et nul n'osa à partir de ce jour   tenter sa chance en direction de la cour du vieux Tchekroba.

John T.

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Textes John Tra ©