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Les Histoires de John :
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(suite de l'histoire de Dame Amlandjo)
Il est 2h 30 du matin et je ne trouves pas le sommeil alors je me suis dit qu'il faut terminer ma petite histoire .... L'histoire s'était terminée avec Bosandje (prononcer Bozandjeait) qui avait filé une belle raclée à la mère de Moninyairait. Depuis lors donc dans la village de Betadougou, Bosandje régnait en maître incontesté. Il marchait la tête haute, dévisageait tous ceux qu'il dépassait comme pour dire "qui veut tenter sa chance, je le mets K.O.". On craignait Bosandje, mais il y avait un autre qui inspirait plus la terreur que Bosandje. Il était maigrelet, un parfait freluquet. A le voir on serait tenté de souffler sur lui, car il ne tenait debout que grâce à une persistance de ses centres de l'équilibre, situés quelque part sur la chaîne des carotides, à vouloir le maintenir en vie. Il dandinait lorsqu'il marchait. Sa voix se perdait dans une série de toux chronique. Il achetait sa ceinture dans la rangée des enfants car sa taille faisait penser à une guêpe. Donangli était un soulard. Il habitait comme l'aurait dit Jean-Michel Kankan "au carrefour de beaucoup de bars".
Donangli avait été recruté pendant la deuxième guerre mondiale avec la légion des tirailleurs Sénégalais. Il était parti au front, avait combattu vaillamment au côté des militaires français. Il racontait ses aventures à qui voulait l'écouter. Un jour commençait-il "mes enfants, je vais vous raconter la deuxième guerre mondiale, moi Donangli comment j'ai combattu Hitler, je suis allé au Vietnam, regarde ma bouche, est-ce que tu vois des dents?" Donangli racontait à tout le monde comment il avait perdu sa chaîne des incisives. C'était pendant la guerre, disait-il. Son régiment avait été attaqué par surprise par une patrouille allemande, et voyant ses copains tombés autour de lui, Donangli décida de jouer au mort. Il s'était couché avec les autres se baignant dans leur sang. Les militaires allemands ayant constaté que la patrouille avait été décimée firent un parcours de la situation et l'un des militaires allemands passant par là, ayant vu la bouche de Donangli toute ouverte, lui administra la crosse du fusil sur les incisives exposées. Donangli qui ne s'attendait pas à ce coup, cria "en Boulo!" (Qui signifie ah, ma mère). Constatant que Donangli était vivant, on le fit prisonnier et s'il resta en vie c'était sûrement à cause de ses qualités d'excellent peleur de pommes de terre. Il rentra au village avec quelques médailles de pacotille qu'il brandissait à celui qui voulait nier sa bravoure. Donangli avait aussi profité de sa tournée en Europe pour apprendre le français. A chaque réunion du village, il devait faire entendre sa phrase préférée de la langue de Voltaire : "Si Donangli est pal dje plouwinllin, c'est que Donangli est Bai yuait doh". En Francais de novice, ce serait :"si Donangli a tué le singe sur la branche de l'arbre c'est qu'il est très adroit" ( Pal = singe, dje = tuer , Plouwinllin = au dessus de l'arbre, bai= main, yuait= oeil, doh = etre). Les villageois analphabètes l'admiraient et avaient une terreur à lui faire des histoires. Bosandje ne comprenait pas pourquoi les villageois avaient si peur de Donangli, un homme aussi faible. Il jurait de montrer à ses villageois qu'il ne pouvait en rien avoir peur de Donangli, quels que soient ses antécédents militaires.
Un jour que Donangli était ivre , il rencontra Bosandje sur son chemin. Il ne put retenir son rire face à tant de laideur. "Vraiment toi là tu es vinain hein (vilain), c'est sien (chien) qui est monté sur ton (ta) maman, ou c'est chienpanze (chimpanzé)? Vraiment, regardez-le!" C'était l'occasion que Bosandje avait juré de vivre. Il se lanca dans une colère qui l'amena à soulever Donangli du sol, à le tourner comme une toupille dans l'air et à le laisser atterrir comme un fruit mûr. Donangli tenta de se relever mais il ne se vit pas accorder ce privilège, Bosandje plongea sur lui comme on plonge sur une balle de football, maintenant la tête de Donangli contre le sol, il lui fit manger toutes les feuilles et herbes qui se trouvaient à côté. Donangli poussait de petits gémissements. Bosandje lui administra son atcholiait légendaire. Lorsqu'il se convainquit que la victoire était confirmée, il se leva de dessus Donangli. Regardant autour de lui, il observa le regard des habitants qui disaient : "ce qu'il a cherche il a trouvé, c'est avec Donangli qu'il s'est battu?". Bosandje n'aimait pas ces expressions de compassion et se dirigea à la maison. Comme le proverbe le dit "l'étranger a de gros yeux mais ne sait pas voir". Là-bas à Betadougou, les querelles se réglaient chez le chef du village lorsque c'en valait la peine. Généralement, on ne perdait pas son temps à épiloguer sur les querelles d'hommes. Donangli tout couvert de sang se leva péniblement et se rendit à la maison. Sa femme qui ne l'avait pas vu depuis quelques semaines comprit que son mari s'était querellé. Elle chauffa de l'eau comme d'habitude, donna à manger à son époux qui alla bien vite au lit. Très tôt le lendemain, Donangli se leva, enroula son
pagne à la taille et se pointa devant la case de Bosaandje. Il frappa
à la porte et Bosandje ouvrit. Avant de savoir qui était celui qui
le réveillait de si bonne heure, il reçut un coup sur le kpangbe
(qui est le descriptif d'un nez au dessus de la normale). A moitié
réveillé par ce coup de poing, Bosandje, se rua sur Donangli et le martela
de coups bien destructeurs. Dans la région de Betadougou, il était
normal que des hommes se battent mais il était un sacrilège que de tuer.
Aussi Bosandje savait quand arrêter de taper. DOnangli tout couvert de
sang rentra à la maison après cette altercation sanglante.
Il put se reposer, bander les plaies et causer avec sa femme. Le
lendemain, avant même que les coqs aient chanté, Donangli se pointa à
la porte de Bosandje, qui comme le jour précédent eût à goûter au poing
de Donangli sur le nez. Bosandje, comme le jour précédent défait
Donangli en deux temps trois mouvements. Comme le jour précédent, Donangli
alla à la maison panser ses plaies. Le jour suivant, il se pointa encore
devant la case de Bosandje, qui hésita avant d'ouvrir mais ouvrit quand
même pour déguster au poing sur le nez qui d'ailleurs commençait
à refléter cette série de martèlements. Le nez pouvait être classé
dans la série des hyperkpangbes communément appelés Cette fois ci, Bosandje refusa d'ouvrir sa porte. "Sors, tu vas me frapper, je vais partir à la maison!, Pardon, tu n'as pas dit que c'est toi qui es fort, viens me frapper" disait Donangli à la porte de Bosandje. -"Je n'ouvre pas !" Si tu n'ouvres pas tu vas rester dedans jusqu'à demain, moi je suis ici, sors on va se battre. - Toi Donangli là, ton palabre ne finit jamais? Pardonne-moi! Moi je dis de sortir on va se battre, tu m'as frappé comme ta femme, alors viens encore me frapper je vais aller à la maison. Ce jour la Bosandje resta toute la journée enfermé dans sa case. Tard dans la nuit lorsque Donangli retourna dormir chez lui, Bosandje ouvrit sa porte, ramassa toutes ses affaires, et quitta le village de Betadougou.... Et comme on dit à Betadougou "Petit marteau moyen casser gros caillou". C'était là mon mensonge du soir! John |
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